Un programme politique, c'est d'abord une vision...
La Ville de Lyon remporte le prestigieux prix « Ville Durable » de l’OME.
De notre correspondant à Lyon,
La Ville de Lyon a reçu ce mercredi 8 avril 2020 le prix « Ville durable » délivré par l’Organisation mondiale de l’Environnement (OME). Voulue par le Président Chirac dès 2006, cette instance de l’ONU récompense tous les deux ans une cité exemplaire dans la gestion de l’environnement par un titre et une bourse de dix millions d’euros. C’est la première grande ville française à obtenir cette distinction.
Celle-ci ne pouvait échapper plus longtemps à la capitale rhodanienne qui investit sans compter dans des politiques innovantes de développement durable depuis plus de dix ans. L’aménagement urbain d’envergure y côtoie l’encouragement des initiatives privées les plus locales. Petit tour d’horizon.
L’urbanisme tout d’abord. La première étape pour la municipalité a été d’adopter une politique maximale de Haute Qualité Environnementale pour l’ensemble de ses bâtiments. Pas un immeuble de bureau, pas une école, pas un gymnase ou une salle municipale qui, après la réalisation de bilans serrés, ne soient pas exemplaires en matière d’économie d’énergie. Tous produisent de plus une part non négligeable de l’énergie qu’ils consomment, l’installation de panneaux solaires et de petites éoliennes urbaines ayant été systématique. Dans le même sens, chaque bâtiment est désormais équipé d’un système performant de récupération des eaux pluviales pour les usages domestiques non alimentaires.
Grâce à une communication large sur ces progrès, la deuxième étape a été plus simple à mettre en œuvre. En dehors d’une dépollution des sols systématiquement mis à la charge des pollueurs responsables (ou de leur maison-mère, ce qui a occasionné quelques procès retentissants), la mairie impose en effet désormais que toute demande de permis de construire soit assortie d’un certain nombre de prescriptions HQE, de récupération des eaux pluviales et de production en électricité propre.
La surconsommation électrique reste un problème majeur dans les grandes agglomérations. Profitant de sa situation aux confluences de deux fleuves, la Ville de Lyon a su innover en développant deux sources d’énergie particulièrement adaptées. La première a été l’implantation massive d’éoliennes urbaines (<12 m) sur les quais du Rhône et de la Saône. Totalement silencieuses, les 800 installations fonctionnent quasiment en permanence grâce aux vents de la vallée du Rhône. Objet de toutes les moqueries à leur début, elles sont aujourd’hui oubliées et fondues dans le paysage quotidien. La deuxième a été tout aussi pragmatique. La convention passée en 2012 avec la Compagnie Nationale du Rhône qui a le monopole de l’exploitation du fleuve a permis à la Ville de Lyon d’implanter des turbines basse vitesse dans le fleuve et de profiter ainsi d’un immense potentiel hydroélectrique totalement propre. L’électricité ainsi produite couvre la totalité de la consommation de la municipalité et 20 % de la consommation des Lyonnais.
Ceux-ci ont également vus leur cadre de vie s’améliorer. Les transports urbains ont tout d’abord connu une révolution majeure qui, si elle n’a pas été sans grincements de dents et c’est un euphémisme, prouve que l’impulsion peut encore être politique…pourvu que l’on agisse en début de mandat.
Les transports en commun sont peu à peu passés au tout électrique et … à la gratuité sur toute l’agglomération. En contrepartie, le financement a été trouvé dans l’instauration d’un péage urbain. Celui-ci a aussi été facilité par la géographie puisque c’est toute la Presqu’île et le centre historique qui ont été la première zone payante avant que celle-ci ne s’étende à tous les secteurs engorgés. Si les tarifs sont dissuasifs pour les propulsions-hydrocarbures, ils restent on ne peut plus raisonnables pour les véhicules électriques.
De toute façon, la culture du vélo s’est répandue comme une trainée de poudre, amplement relayée il est vrai par une politique de sécurisation et de développement à marche forcée des pistes cyclables et des RPV (remonte-pentes à vélo) pour accéder aux différentes collines qui surplombent la cité.
Enfin, la Ville s’est doublement saisie de ces voies fluviales à l’image de Venise. D’une part, elle a mis en place un système efficace de navettes fluviales fonctionnant entièrement à l’énergie solaire. Les bateaux fonctionnaient depuis plus de dix ans. Il a juste fallu décider d’institutionnaliser leur activité. Quelques minutes suffisent désormais pour rejoindre Caluire depuis les Confluences. D’autre part, pour les plus pressés, elle a encouragé l’installation de compagnies de taxis-fluviaux qui embarquent les clients à bord de vedettes elles aussi électriques. Le silence est ainsi garanti et le succès a été immédiat.
Le dernier axe a été celui de la végétalisation de la cité. La Ville de Lyon est désormais la cité la plus verte d’Europe. Comme les parcs urbains ne peuvent pas s’étendre démesurément dans des espaces urbains anciens, il a été décidé que tous les projets d’aménagements comporteraient une dimension végétale majeure. Toutes les rues et avenues ont vu surgir des fleurs et des arbustes qui, outre un air de convivialité oublié, renouvellent totalement la physionomie des quartiers. Effet collatéral surprenant, les dégradations de ces espaces sont minimes. Difficile en effet de taguer des façades végétales. Mais l’innovation la plus importante a été la plantation de quelques cent mille arbres sur l’ensemble de la ville. Ici également, les effets sont multiples. Face aux records de chaleur battus d’été en été, cette forêt urbaine éclatée sur tout Lyon contribue à abaisser les températures par l’ombre et l’humidité de ses frondaisons, elle piège les poussières et atténue le bruit inhérent au milieu urbain.
Il est vrai que Lyon est devenue une ville d’un silence remarquable, plébiscitée par les européens qui l’élisent depuis la sixième année consécutive comme « La » Ville où il fait bon vivre. Un signe qui ne trompe pas.
Super cet article... ça donne envie d'habiter cette ville ! faudrait inviter son auteur à notre prochaine réunion !
Rédigé par: michel japiot | 23 janvier 2008 at 04:14
Le meilleur politique n'est il pas celui qui écrate un instant le rideau de l'avenir pour nous permettre d'espèrer ?
Merci pour ce texte différent
Rédigé par: Jean Michel | 23 janvier 2008 at 10:07
Bravo, super article.
Juste une remarque par contre, ce genre de texte différent comme le précise Jean-Michel a deja été utilisé à Lyon.
En 2001 précisement par les listes de Charles Millon.
Rédigé par: Quentin Thevenon | 23 janvier 2008 at 13:06
ça nous change des programmes creux de nos candidats habituels en matière d'environnement
Rédigé par: vincent | 23 janvier 2008 at 14:29
@ quentin
Qu'est ce que tu insinues avec cette référence à Millon ?
J'espère que ça concerne la forme et pas le fond ?
Une petite mise au point car il y en a ras-le-bol de cette vieille idée véhiculée par la droite selon laquelle la défense de l’environnement a des racines nauséabondes (ce qui permet de la critiquer un maximum).
Parmi les nombreux courants de retour à la nature, les dérives racistes et eugéniques ne sont pas totalement absentes. Des proximités entre amour du terroir et idéologies fascisantes des années 30 et 40 ont pu être jugées inquiétantes et soulignées d’une façon parfois assez névrotique (L. FERRY, Le Nouvel Ordre écologique). Le raisonnement suivi lie le sentiment allemand à l’égard de la nature qui la conçoit comme originelle, sans intervention humaine, et les thèses écologistes dénonçant les visions anthropocentristes de l’environnement et replaçant l’homme comme un élément parmi les autres de la nature.
Le régime nazi, c’est vrai, a mis en place une législation de grande ampleur en la matière (R. A. POIS, La Religion de la Nature et le National-Socialisme) mais cette dernière est à replacer dans le contexte de frénésie législative touchant tous les domaines qui accompagne la prise de pouvoir. Elle ne semble pas être justifiée par une préoccupation écologique démesurée, d’autant que sa préparation est antérieure à 1933, mais bien par une volonté de propagande nationale et internationale.
Le nazisme s’est contenté de réactualiser des idées d’une culture germanique forestière caractérisée par une attitude plus respectueuse de la nature à une époque de crise de la société industrielle et n’a en aucun cas inventé une rhétorique écologique moderne qu’il noie en toute occasion dans des références automatiques à la race.
Ce contresens stéréotypé largement diffusé à partir des publications de Luc Ferry a été dénoncé depuis sans trouver trop d’écho (D. OLIVIER, E. REUS et E. HARDOUIN-FUGIER, Luc Ferry ou le rétablissement de l’ordre).
Laissez donc Millon où il est…
Rédigé par: Thibault | 23 janvier 2008 at 14:57
OUTCH !!!
Enfin un blog qui a un peu de tenue !
Continuez !
Rédigé par: vincent | 23 janvier 2008 at 15:37
...Et c'est grâce à l'arrivée d'une nouvelle génération d'hommes et de femmes politiques en 2014, après des années difficiles (depuis 2008) que les résultats d'aujourd'hui sont possibles. En effet, cette équipe de démocrates authentiques (il s'agit bien d'une équipe et non d'un seul homme ) a pris à bras le corps les problèmes rencontrés par les lyonnais dans leur vie quotidienne. Non contents d'avoir offert de véritables alternatives aux transports motorisés individuels, ils ont réussi l'incroyable challenge de diminuer par 4 les consommations d'énergie fossile dans Lyon, tout en améliorant le confort de vie des citadins. A moins de 2 mois de la nouvelle échéance municipale, qui verra le probable regroupement des communes du Grand Lyon et des communautés de communes limitrophes en un Super Grand Lyon, gageons que cette équipe qui a montré ce qu'elle pouvait faire avec tous les lyonnais se verra proposer de repartir pour un second mandat ou d'aller essaimer dans d'autres sphères politiques. Bonne chance à tous ses membres qui ont travaillés avec autant de réussite ses dernières années...
Rédigé par: Rémi | 23 janvier 2008 at 15:56
Thibault je parlais bien sur de la forme.
Mais la forme, ce n'est rien d'autre que le fond qui remonte à la surface.
Rédigé par: Quentin Thevenon | 24 janvier 2008 at 13:44
@ Quentin
J'ai donc eu raison de mettre les points sur les i
De tels insinuations font hurler de rire de la part de quelqu'un qui soutient l'idée d'une possible alliance avec la liste Perben/Millon
Un peu de cohérence dans le discours (à défaut défaut de l'avoir dans la tête) ne fait pas de mal quand on a la prétention de faire de la politique
Sauf évidemment à vouloir se cantonner dans des opérations du style de celle de l'Embarcadère...
Rédigé par: Thibault | 24 janvier 2008 at 15:30
Et pendant ce temps là, on parle de doubler l'autoroute de St Etienne...
Qu'avez-vous à en dire les lyonnais?!
Quels projets pour intégrer dès aujourd'hui les agglomérations autour de Lyon et en Rhône-Alpes? Est-ce qu'on attend d'avoir
tout salopé comme en Ile de France pour parler d'un "grand Lyon"? Ou est-ce qu'on prend un peu d'avance?
Sinon, texte amusant, mais pas forcément fédérateur: à l'expérience, les rêves écologiques sont difficiles à faire partager, même entre convaincus. Parlons déjà d'une reprise des isolations de batiments, et de quelques mesures en faveur du solaire thermique, et on aura bien avancé! Plus avant, et on se retrouve vite à des réactions du type "oui mais c'est pour les bobos, pas pour les honnêtes travailleurs..." qui ont besoin qui de leur voiture, qui de leur chauffage électrique etc.
A+
Rédigé par: Javi | 29 janvier 2008 at 14:30
il n'y a plus qu'à inscrire tout cela dans le plan de mandat des communes de l'agglomération et du Grand Lyon pour une application dès 2008/2014, d'autant que la plupart des propositions figurent dans l'agenda 21 2007/2009 du Grand Lyon voté en décembre 2007. ce n'est pas une utopie stérile mais une utopie qui me parait très réaliste.
Rédigé par: genevieve | 01 février 2008 at 16:43